Pour reprendre courage au sein de la crise que nous traversons, les Éditions de l’Emmanuel proposent Et maintenant ? 7 vertus pour traverser la crise, un livre ou 7 auteurs différents relisent la crise au travers des 7 vertus. Aujourd’hui, découvrez 2 extraits sur l’espérance, écrits par Martin Steffens.
Plus d’informations sur le livre
L’éditeur présente le livre en vidéo [su_panel background=”#fffcf0″ color=”#000000″ border=”0px solid #dddddd” shadow=”0px 0px 0px #ffffff”]
Extrait 1 : LE PROPRE DES VERTUS THÉOLOGALES

Les vertus théologales sont des événements divins, non des obligations morales ou des préceptes tirés de notre raison. On peut, par nos seules forces humaines et selon un ordre logique appropriable par tous les êtres rationnels, se montrer courageux, prudent, tempérant et juste. Toute vertu seulement humaine. Quant à l’amour véritable, quant à la vertu d’agapè, c’est ce que Dieu est – la Croix le montre. Quant à la foi, Dieu nous témoigne de la confiance qu’il met en l’homme – l’élection des apôtres par Jésus, comme celle d’un peuple par le Dieu « d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », nous le démontre. Enfin, quant à la vertu d’espérance, Dieu, en créant le monde et en l’aimant jusqu’au bout, s’est depuis toujours révélé comme espoir qui se livre contre tout espoir.
Charité, foi, espérance : trois vertus théologales, trois gestes ou logoï de Dieu. Trois vertus théophaniques, pourrions-nous dire.
La désespérance, aujourd’hui comme rarement, comme jamais peut-être, nous guette. Or, si l’on y réfléchit, désespérer, qu’est-ce donc, sinon méconnaître Dieu ? C’est avoir oublié qu’il est espérance. C’est, sous le poids des choses quotidiennes, oublier le risque de Dieu, et que nous tenons de ce risque, que nous procédons de lui. C’est ignorer que Dieu, le premier, a fait preuve de l’audace qui, dans notre fatigue, vient à nous manquer. Qu’est-ce qu’espérer, sinon sentir comme cette audace porte le monde ? Espérer, c’est entendre l’audace créatrice frétiller dans les ailes du papillon qui paraît au grand jour, c’est reconnaître sa trace dans l’impulsion qui a porté le nouveau-né à la lumière comme dans celle qui, plus tard, nous a mis debout et a accompagné nos premiers pas. Espérer, c’est se rappeler qu’un jour, nous avons renoncé à nos appuis confortables et nous sommes mis à marcher. C’est savoir que ce jour est encore proche, qu’il nous enveloppe même, puisque, depuis, nous nous levons et marchons. Espérer, c’est habiter la victoire de l’être sur le néant dont nous sommes la preuve vivante. C’est s’imaginer l’audace qui accompagne la course folle du spermatozoïde vers l’ovule où nous établissions notre première demeure.
[/su_panel] [su_panel background=”#fffcf0″ color=”#000000″ border=”0px solid #dddddd” shadow=”0px 0px 0px #ffffff”]Extrait 2 : VIOLENCE DE L’ESPÉRANCE : LE DIEU CAMBRIOLEUR

Dieu est du peuple travailleur : il tient bon. Mais il est aussi un coquin – un cambrioleur. Il ne veut pas que nous mesurions notre propre vie à l’aune seulement de nos réussites.
L’espérance, c’est un pied dans une porte. C’est le pied de Dieu dans la porte de notre vie. On voudrait les avoir toutes fermées. On voudrait s’être fait un monde à soi, sans autre horizon que des projets à réaliser. Ces projets sont comme des murs avec des miroirs accrochés : on y mire la puissance qu’on a sur sa vie. On est content de se rencontrer dans ces miroirs. Un projet est une projection de soi dans le futur. Quand ça marche, on rencontre l’image qu’on avait projetée. Le « moi » qui fait des projets rencontre le « moi » espéré et aujourd’hui réalisé. Le « moi » admire le « moi ». Je suis devenu ce que j’avais prévu de devenir. Une vie réussie, de ce point de vue, c’est donc une vie sans rencontre – sans projectile. Une vie qui ne rencontre jamais que les projections de soi-même dans un temps écrit d’avance.
Mais ceci n’est que l’espoir – et l’espoir n’est jamais que le monde tel que je voudrais qu’il soit. L’espérance, au contraire, est un pied dans la porte. Le pied qui s’y glisse quand on allait la fermer afin d’être seul avec ses projets, avec les projections de soi. Elle est aussi, imprévue, le pied qui, d’un coup bien envoyé, fait sauter tous les verrous. L’espérance, c’est l’interdiction d’être seul avec soi-même. Et Dieu est un briseur d’idoles, qui fait voler en éclats ces reflets de nous-mêmes.
L’espérance n’est pas seulement l’audace de Dieu d’avoir créé le monde et d’y tenir bon. Si Dieu tient bon, c’est qu’il tient à ce monde. Il l’aime. Il ne le laissera pas s’abîmer en lui-même, se perdre dans les reflets que les miroirs, toujours plus nombreux, se renvoient indéfiniment. Dieu veut que ce monde lui revienne. Il en empêche toute clôture.
L’espérance, chez l’homme, c’est accueillir cette insistance de Dieu, sa résistance à nos petits projets.
[/su_panel]











